La question « ETF ou fonds actif ? » est tranchée depuis longtemps pour les marchés développés : sur le S&P 500 ou le MSCI World, plus de 93 % des gérants actifs sous-performent leur indice de référence sur 10 ans, après frais — les données SPIVA et Morningstar le confirment sans ambiguïté. Mais les marchés émergents sont une autre histoire. Sur ces marchés, les taux de surperformance des gérants actifs sont nettement supérieurs : environ 50 % sur 10 ans selon les données de BSD Investing, et jusqu’à 49,6 % de taux de réussite sur un an en 2025 selon Morningstar — contre 32,8 % en 2024. Cette asymétrie n’est pas un accident. Elle s’explique par des caractéristiques structurelles des marchés émergents qui créent précisément les conditions dans lesquelles la gestion active peut exprimer sa valeur : inefficiences informationnelles, hétérogénéité des marchés, risques politiques et de gouvernance, rotation violente entre pays et secteurs, et — problème central — une concentration extrême de l’indice MSCI EM sur quelques pays et quelques titres qui fausse la perception de diversification. Un ETF MSCI EM vous expose avant tout à l’Asie technologique : Taïwan (27,3 %), Corée du Sud (23,7 %), Chine (19,0 %) et Inde (11,1 %) représentent ensemble plus de 80 % de l’indice, et TSMC seul en pèse 15,1 %. Ce n’est pas ce que la plupart des investisseurs imaginent quand ils pensent « exposition diversifiée aux pays émergents ». Ce guide analyse en profondeur les arguments pour et contre la gestion active sur les marchés émergents — en s’appuyant sur les données les plus récentes disponibles en 2026.
Par l’équipe ACVM Patrimoine — Conseillers en gestion de patrimoine indépendants
Publié le 13 septembre 2026 — Mis à jour le 13 septembre 2026
Temps de lecture estimé : 10 minutes
Avertissement : les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout investissement comporte un risque de perte en capital. Ce guide est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé.
Dans cet article :
- Le contexte : marchés émergents en 2025-2026
- Le problème central de l’ETF MSCI EM : concentration et illusion de diversification
- Argument 1 — Les inefficiences structurelles des marchés émergents
- Argument 2 — L’hétérogénéité extrême entre marchés
- Argument 3 — Le risque pays et de gouvernance non capturé par l’indice
- Argument 4 — La gestion du poids de la Chine
- Argument 5 — L’accès aux petites et moyennes capitalisations
- Argument 6 — La construction bottom-up sur des marchés peu analysés
- Les données : que disent vraiment les études SPIVA et Morningstar sur les émergents ?
- Les limites de la gestion active sur les émergents
- Le coût de la gestion active : comment l’évaluer ?
- Les ETF actifs : une troisième voie ?
- Comment sélectionner un bon fonds actif émergents
- La place des émergents dans un portefeuille patrimonial
- Stratégie & recommandation ACVM Patrimoine
- Foire aux questions
- En résumé
Le contexte : marchés émergents en 2025-2026
Avant d’arbitrer entre gestion active et passive, il faut comprendre dans quel contexte de marché cet arbitrage s’effectue en 2026.
Une renaissance des émergents en 2025
- En 2025, l’indice MSCI Emerging Markets a progressé de 34,4 % en USD — sa meilleure performance récente — signant sa première surperformance face au S&P 500 depuis près d’une décennie
- Les actions des marchés émergents ont surperformé, soutenues par des valorisations attrayantes et des années de sous-pondération par les investisseurs. Cette reprise marque un revirement après une sous-performance prolongée par rapport aux marchés développés, en particulier les actions américaines
- Les émergents affichent un PER prévisionnel d’environ 11,7 contre près de 19 pour le MSCI World fin juin 2026 — une décote de valorisation persistante qui attire les investisseurs en quête de valeur relative
Un environnement qui rebat les cartes
- Après une décennie de domination des grandes capitalisations américaines (Big Tech, IA), les flux se redirigent progressivement vers les émergents — les flux de fonds européens en 2025 ont été marqués par un rééquilibrage : ils se sont détournés des actions américaines pour se tourner vers les actions européennes et celles des marchés émergents
- Dans ce contexte de retour des émergents, la question du véhicule d’investissement optimal (ETF passif vs fonds actif) redevient centrale pour les investisseurs patrimoniaux
Le problème central de l’ETF MSCI EM : concentration et illusion de diversification
Le premier argument en faveur de la gestion active sur les émergents ne tient pas à la surperformance potentielle des gérants — il tient aux limites structurelles de l’indice lui-même.
Une concentration géographique extrême
- L’indice MSCI Emerging Markets compte 1 178 sociétés réparties sur 24 pays émergents, avec une concentration extrême : Taïwan (27,3 %), Corée du Sud (23,7 %), Chine (19,0 %) et Inde (11,1 %) représentent plus de 80 % de l’indice. Les 19 autres pays se partagent à peine 15 %.
- TSMC pèse à elle seule 15,1 % — une pondération supérieure à celle de la première capitalisation du S&P 500 dans son propre indice. La diversification affichée est en partie une illusion.
- Acheter un ETF MSCI EM, c’est avant tout s’exposer à l’Asie technologique (semi-conducteurs, tech chinoise, grandes capitalisations coréennes) — pas à la croissance des économies émergentes dans leur globalité
Un biais sectoriel marqué
- Les technologies de l’information et les services financiers représentent ensemble environ la moitié de l’indice. Ce biais n’est pas anecdotique, surtout en période d’essor de l’intelligence artificielle. Il rapproche parfois les marchés émergents de la tech américaine, ce qui nuance l’idée d’une décorrélation automatique.
- Un investisseur cherchant à diversifier son portefeuille avec des émergents peut se retrouver surexposé à la tech asiatique — exactement ce à quoi il est déjà exposé via un MSCI World
L’éviction des opportunités véritablement émergentes
- Les marchés à fort potentiel de croissance structurelle — Afrique subsaharienne, Asie du Sud-Est (Vietnam, Philippines, Indonésie), Amérique latine hors Brésil — sont marginalement représentés dans l’indice MSCI EM
- Un gérant actif peut surpondérer ces marchés sous-représentés selon ses convictions — une liberté qu’un ETF indiciel ne possède pas par construction
- Les investisseurs qui souhaitent une diversification réelle du portefeuille des marchés émergents doivent tenir compte de la concentration croissante des actions chinoises dans les principaux indices, ainsi que de leur sensibilité à la volatilité régionale.
Argument 1 — Les inefficiences structurelles des marchés émergents
Le premier et principal argument en faveur de la gestion active sur les émergents est l’existence d’inefficiences informationnelles significatives que les gestionnaires compétents peuvent exploiter.
Pourquoi les marchés émergents sont moins efficients
- Les stratégies passives fonctionnent bien dans les marchés développés grâce à des caractéristiques clés : une forte liquidité, une information financière standardisée, des prix généralement efficients et une gouvernance relativement homogène. Ces conditions sont beaucoup moins présentes dans les marchés émergents. L’information y circule de manière plus inégale, les publications financières ne sont pas toujours comparables et les dynamiques locales nécessitent une connaissance de terrain qui ne peut pas se limiter à une analyse sur un écran.
- L’hypothèse d’efficience des marchés (qui fonde l’avantage théorique de l’indexation) repose sur une condition : que tous les acteurs aient accès aux mêmes informations au même moment. Cette condition est structurellement moins vraie sur des marchés où les rapports annuels sont publiés en mandarin, en hindi ou en portugais brésilien, où les pratiques comptables divergent, et où les relations avec les investisseurs locaux jouent un rôle central
La volatilité comme source d’opportunités
- Naomi Waistell (Carmignac) ne considère pas ces conditions comme des obstacles, mais comme une source d’opportunités : « Les marchés émergents sont par nature volatils. Ils l’ont toujours été. Et cette volatilité, ainsi que les inefficiences de marché qui les caractérisent, peuvent justement être mises à profit dans nos investissements. »
- Un gérant actif avec une connaissance approfondie d’un marché local peut acheter lors des excès baissiers (panique générale qui pousse indistinctement toutes les valeurs vers le bas) et vendre lors des excès haussiers — une stratégie qui requiert discipline et conviction, mais qui génère de l’alpha sur le long terme
Le nombre réduit d’analystes sur les petits marchés
- Sur les marchés développés (S&P 500, Euro Stoxx), chaque grande valeur est couverte par des dizaines d’analystes sell-side — l’information est quasi-instantanément intégrée dans les prix. Sur les marchés émergents de second rang (Bangladesh, Nigeria, Kazakhstan), le nombre d’analystes qui couvrent une valeur peut se compter sur les doigts d’une main
- Cette asymétrie d’information crée des opportunités d’analyse fondamentale que les gérants actifs spécialisés peuvent exploiter
Argument 2 — L’hétérogénéité extrême entre marchés
L’un des atouts les plus mal compris de la gestion active sur les émergents est sa capacité à naviguer entre des marchés radicalement différents.
Des marchés sans rapport les uns avec les autres
- Le terme « marchés émergents » recouvre des réalités économiques, politiques et culturelles qui n’ont quasiment rien en commun : la Chine (économie planifiée orientée vers la technologie et la consommation intérieure), l’Inde (démocratie à croissance forte, secteur des services en expansion), le Brésil (économie de matières premières, risque politique élevé), l’Afrique du Sud (économie minière en crise structurelle), la Corée du Sud (conglomérats technologiques — chaebols — en restructuration), Taïwan (semi-conducteurs mondiaux)
- L’ETF indexiel traite tous ces marchés comme un ensemble homogène pondéré par la capitalisation — sans capacité de discrimination entre une économie en croissance structurelle et une économie en crise
La dispersion des performances entre pays
- La dispersion des performances entre marchés émergents est considérablement plus élevée que celle entre marchés développés — l’écart de performance entre le meilleur et le pire marché émergent peut dépasser 50-70 points de pourcentage sur une année donnée
- Cette dispersion crée des opportunités d’allocation active : surpondérer les marchés en phase d’accélération et sous-pondérer ceux qui entrent en récession ou en crise politique
- Un ETF indiciel ne peut pas faire cette discrimination — il maintient mécaniquement les pondérations indicielles quelle que soit la dynamique sous-jacente
Les cycles décalés entre émergents
- Les cycles économiques des pays émergents sont souvent décalés entre eux — la Chine peut être en récession pendant que l’Inde accélère, ou l’Amérique latine en crise pendant que l’Asie du Sud-Est se redresse
- Un gérant actif peut exploiter ces décalages pour s’exposer aux marchés en début de cycle haussier et réduire l’exposition à ceux en fin de cycle — une dynamique tactique impossible pour un ETF passif
Argument 3 — Le risque pays et de gouvernance non capturé par l’indice
L’indice MSCI EM ne discrimine pas les risques politiques, réglementaires ou de gouvernance spécifiques à chaque marché — un problème majeur dans un univers où ces risques peuvent être considérables.
Les risques réglementaires : le cas chinois
- En 2021, le gouvernement chinois a déclenché une vague réglementaire massive contre les plateformes tech (Alibaba, Tencent, Didi, Meituan) — réduisant certaines valorisations de 70-80 % en quelques mois. Un ETF MSCI EM était pleinement exposé à ces chutes sans aucune possibilité d’anticipation ou d’évitement.
- Un gérant actif avec une analyse politique approfondie pouvait réduire son exposition aux valeurs tech chinoises avant ou pendant cette vague réglementaire — et limiter les pertes
- En 2026, les actions chinoises ont connu un premier trimestre particulièrement volatile : un démarrage solide porté par des avancées dans l’intelligence artificielle et par les politiques gouvernementales a compensé des risques géopolitiques persistants.
Les risques de gouvernance d’entreprise
- Dans de nombreux pays émergents, les entreprises à actionnariat contrôlé par l’État ou par des familles fondatrices présentent des risques de gouvernance spécifiques — minorités actionnaires mal protégées, opérations entre parties liées, manque de transparence dans les rapports financiers
- Un gérant actif spécialisé peut éviter les entreprises présentant des signaux d’alerte de gouvernance — un filtre inexistant dans un ETF indiciel qui investit mécaniquement dans toutes les valeurs de l’indice
Le risque de liquidité sur les marchés frontières
- Sur les marchés émergents de second rang (pays « frontières »), la liquidité peut être très limitée — les spreads acheteur-vendeur élevés et les restrictions de change peuvent rendre les opérations coûteuses
- Un gérant actif ajuste sa taille de position à la liquidité disponible et peut sortir d’un marché rapidement si le contexte se dégrade — une agilité qu’un ETF indiciel de grande taille ne possède pas toujours
Argument 4 — La gestion du poids de la Chine
La Chine est aujourd’hui le principal facteur de risque concentré dans tout ETF MSCI EM — et sa gestion est l’un des arguments les plus concrets en faveur de la gestion active.
La domination de la Chine dans l’indice
- La Chine représente 25,5 % (certaines sources récentes donnent 19-27,6 % selon les dates et inclusions des actions A) de la plus grande pondération pays dans l’indice MSCI Emerging Markets. Cette concentration régionale s’est accentuée depuis que MSCI a augmenté la pondération des actions A chinoises, passant de 5 % à 20 % en 2019.
- Cette concentration signifie qu’un ETF MSCI EM est fondamentalement un pari sur la Chine — non sur l’ensemble des économies émergentes. Un investisseur qui souhaite une vraie diversification géographique doit gérer activement cette exposition
Le risque géopolitique taïwanais
- Taïwan (27,3 % de l’indice dans certaines pondérations récentes) est elle-même un risque géopolitique majeur — la tension entre la Chine et Taïwan pourrait avoir un impact considérable sur l’indice en cas d’escalade
- Un investisseur exposé via un ETF n’a aucun moyen de réduire son exposition à ce risque spécifique — il subit mécaniquement la pondération indicielle
- Un gérant actif peut construire un portefeuille moins exposé à Taïwan (et donc à TSMC) tout en maintenant une exposition aux émergents — en surpondérant l’Inde, l’Amérique latine ou l’Asie du Sud-Est
L’évolution de la pondération chinoise : un problème de timing
- La pondération de la Chine dans l’indice a fortement varié au fil des décisions méthodologiques de MSCI — son augmentation progressive des actions A a coïncidé avec une période de sous-performance relative des actions chinoises. Les investisseurs passifs ont donc acheté davantage de Chine au mauvais moment.
- Un gérant actif n’est pas contraint par ces décisions méthodologiques — il peut maintenir ou réduire son exposition à la Chine selon ses convictions indépendamment des révisions indicielles
Argument 5 — L’accès aux petites et moyennes capitalisations
L’un des arguments les plus solides en faveur de la gestion active est l’accès à des opportunités absentes de l’indice principal.
Le MSCI EM est un indice de grandes capitalisations
- L’indice MSCI Emerging Markets couvre les grandes et moyennes capitalisations — mais les petites capitalisations émergentes, qui représentent pourtant une part significative de la dynamique économique locale, en sont absentes
- Les petites et moyennes entreprises locales — distributeurs, banques régionales, entreprises de consommation domestique — sont souvent les meilleurs vecteurs de la croissance intérieure des pays émergents. Elles sont invisibles pour l’ETF MSCI EM standard.
- Un gérant actif peut investir dans ces valeurs moins suivies, moins chères en termes de valorisation relative et souvent plus corrélées à la croissance intérieure du pays — une source d’alpha structurelle
L’univers d’investissement élargi
- Un fonds actif émergents peut également investir dans des pays classés « frontières » par MSCI (Vietnam, Bangladesh, Kenya, Nigeria) — des marchés absents du MSCI EM qui offrent parfois un potentiel de croissance supérieur à celui des grands émergents déjà « matures »
- Le MSCI Frontier Markets Index inclut des économies dont la croissance du PIB dépasse souvent celle des grandes économies émergentes — avec un risque de liquidité plus élevé mais des valorisations très décotées
Argument 6 — La construction bottom-up sur des marchés peu analysés
L’analyse fondamentale entreprise par entreprise (bottom-up) est particulièrement précieuse sur les marchés émergents — où la valeur non reconnue est plus fréquente que sur les marchés développés.
Le sous-suivi des valeurs émergentes
- Une grande capitalisation américaine (Apple, Microsoft, NVIDIA) est couverte par 50-80 analystes sell-side — le prix intègre presque instantanément toute nouvelle information. Une mid-cap coréenne ou une small-cap brésilienne peut n’être suivie que par 2-3 analystes locaux.
- Cette asymétrie de couverture analytique crée des opportunités de valeur pour les gérants capables de réaliser leur propre analyse fondamentale — identifier une entreprise sous-évaluée parce qu’elle est trop petite pour intéresser les grandes banques d’investissement
La connaissance de terrain : irremplaçable sur les émergents
- L’information circule de manière plus inégale, les publications financières ne sont pas toujours comparables et les dynamiques locales nécessitent une connaissance de terrain qui ne peut pas se limiter à une analyse sur un écran.
- Les meilleurs gérants actifs émergents maintiennent des équipes d’analystes locaux — dont certains basés directement dans les pays concernés (Shanghai, Mumbai, São Paulo, Lagos) — pour analyser les entreprises avec un niveau de granularité impossible à distance
- Cette connaissance terrain est un avantage concurrentiel réel — et une valeur ajoutée que les investisseurs paient à travers les frais de gestion
La performance long terme de Carmignac Emergents : un exemple
- Depuis son lancement en février 1997, Carmignac Emergents a enregistré une performance nette de frais de 893 %, contre 285 % pour son indicateur de référence (MSCI EM NR), à la fin du mois de mars 2026.
- Cette surperformance spectaculaire sur 29 ans illustre ce que la gestion active de conviction peut produire sur les émergents à très long terme — avec des périodes de sous-performance entrecoupées de phases de forte surperformance
- Naturellement, les performances passées ne garantissent pas les performances futures — et Carmignac Emergents représente l’un des meilleurs exemples de réussite, pas la moyenne des gérants actifs
Les données : que disent vraiment les études SPIVA et Morningstar sur les émergents ?
Les partisans de la gestion passive citent régulièrement les études SPIVA (S&P Dow Jones) et Morningstar pour démontrer la supériorité des ETF. Que disent-elles vraiment sur les marchés émergents spécifiquement ?
Les données Morningstar 2025 sur les émergents
- Le taux de réussite sur un an des gestionnaires d’actions actifs dans les 39 catégories analysées était de 31,2 % en 2025 toutes catégories confondues. Mais la catégorie des marchés émergents mondiaux a enregistré un taux de réussite sur un an de 49,6 % en 2025, contre 32,8 % en 2024.
- Sur 10 ans, le taux de réussite des gérants émergents (19,6 %) reste modeste — bien que ce chiffre soit supérieur à celui des catégories d’actions des marchés développés
- Pour la dette émergente, les chiffres sont encore plus favorables à la gestion active : les taux de réussite sur un an ont atteint 60 % pour la dette des marchés émergents en devises fortes et 73,7 % pour les catégories en devises locales
Les données BSD Investing sur la longue période
- Sur le long terme, les marchés actions des pays émergents ont été plutôt favorables aux fonds actifs. Sur 10 ans, en prenant en compte l’ensemble des fonds actifs ayant existé dans la catégorie, 54 % des fonds actifs surperforment les fonds passifs.
- Quand on regarde non plus le nombre de gérants qui surperforment, mais le montant de la surperformance, la photo est plus favorable aux fonds actifs avec une surperformance positive entre les fonds actifs et les fonds passifs, 71 % du temps.
La nuance essentielle : le biais du survivant
- Les fonds lancés avec des performances catastrophiques sont fermés et fusionnés avec des fonds plus solides. En 2025, quand on regarde les statistiques de performance sur 10 ans, ce fonds n’existe plus nulle part. Le calcul de la performance moyenne de la catégorie exclut ses résultats désastreux. Les rapports SPIVA s’efforcent de corriger ce biais en intégrant les fonds fermés dans leurs analyses.
- Même corrigées du biais du survivant, les études montrent que les émergents sont l’une des rares catégories où la gestion active démontre une capacité de surperformance plus élevée que dans les marchés développés — sans pour autant garantir la supériorité de chaque gérant actif
Le message synthétique des données
- Les données convergent vers une conclusion nuancée : la gestion active sur les émergents est plus susceptible de créer de la valeur que sur les marchés développés — mais sélectionner les bons gérants actifs est crucial, car la dispersion entre le meilleur et le pire gérant actif est elle-même considérable
- Choisir un fonds actif émergents au hasard n’est pas plus efficace que de choisir un ETF — c’est choisir un bon fonds actif qui fait la différence
Les limites de la gestion active sur les émergents
La présentation serait incomplète sans un examen honnête des arguments en faveur des ETF sur les émergents — car ils existent.
L’écart de frais : réel et significatif
- Un ETF MSCI EM (iShares, Amundi, Vanguard) présente des frais courants de 0,18 à 0,25 %/an. Un fonds actif émergents présente des frais courants de 1,50 à 2,00 %/an.
- Sur 20 ans, un écart de frais de 1,75 % représente une perte de valeur cumulée considérable — un gérant actif doit surperformer son indice d’au moins 1,75 %/an juste pour arriver à égalité nette de frais avec l’ETF
- La différence entre un ETF à 0,20 % de frais annuels et un fonds actif à 1,80 % n’a l’air de rien au premier regard. Mais le résultat final est brutal — sur 20 ans à 7 % de rendement brut, l’écart de performance finale est de l’ordre de 30-40 % du capital investi
La difficulté de sélectionner les bons gérants ex ante
- Même si une fraction des gérants actifs émergents surperforme sur 10 ans, identifier ex ante ces gérants est très difficile — les performances passées ne prédisent pas les performances futures de façon fiable
- Un investisseur qui choisit un fonds actif émergents sur la base de ses 5 dernières années de performance a statistiquement peu de chances de choisir un futur surperformant
Le risque de « closet indexing »
- Certains fonds actifs présentant des frais élevés ont en réalité une composition très proche de l’indice — un « closet indexing » (indexation déguisée) qui prive l’investisseur des bénéfices de la gestion active tout en facturant des frais élevés
- L’Active Share (mesure de l’écart entre le portefeuille du fonds et son indice de référence) est un indicateur clé — un fonds actif émergents sérieux devrait présenter un Active Share > 70 %
Les périodes défavorables à la gestion active
- Depuis le début d’année 2022, la performance des gérants actifs est en baisse, avec seulement 37 % des fonds actifs surperformant les fonds passifs — proche du plus bas niveau sur 10 ans.
- La gestion active sur les émergents ne surperforme pas en toutes circonstances — dans les phases de forte corrélation entre marchés (crises globales, risk-off généralisé), les gérants actifs peuvent avoir du mal à tirer leur épingle du jeu
Le coût de la gestion active : comment l’évaluer ?
Les frais de gestion sont l’argument le plus souvent cité contre les fonds actifs — mais leur impact réel dépend de plusieurs facteurs à analyser ensemble.
L’analyse coût/bénéfice de la gestion active émergents
- La question n’est pas « les frais de gestion active sont-ils élevés ? » (ils le sont) mais « la valeur ajoutée espérée justifie-t-elle ces frais ? »
- Si l’on retient que les meilleurs fonds actifs émergents surperforment de 2-3 %/an sur longue période (Carmignac Emergents en est un exemple extrême), les frais supplémentaires de 1,5 %/an sont largement compensés
- Si l’on retient le gérant médian (qui ne surperforme pas l’indice après frais), les ETF restent préférables — le choix du gérant est donc déterminant
Les coûts cachés des ETF émergents
- Les ETF présentent également des coûts moins visibles : spread bid-ask à la transaction (0,05-0,20 % sur les ETF émergents vs 0,01 % sur un ETF S&P 500), tracking error (écart entre la performance de l’ETF et celle de l’indice), coûts de réplication des titres illiquides (les ETF à réplication synthétique évitent ce problème mais introduisent un risque de contrepartie)
- Ces coûts cachés réduisent l’écart de frais réel entre ETF et fonds actifs — même si les ETF restent structurellement moins chers
Les ETF actifs : une troisième voie ?
Entre l’ETF passif et le fonds actif classique, une troisième catégorie émerge : les ETF actifs — qui combinent la structure ETF (cotation en continu, frais plus bas) avec une gestion de portefeuille active.
La montée en puissance des ETF actifs émergents
- En 2024, près de la moitié des ETF lancés dans le monde étaient des ETF actifs — une tendance structurelle qui touche toutes les classes d’actifs, y compris les émergents
- Des gérants comme Fidelity, JP Morgan, Pimco ou Franklin Templeton proposent des ETF actifs émergents — avec des frais intermédiaires (0,30-0,80 %) entre les ETF passifs et les fonds actifs classiques
Les résultats des ETF actifs émergents
- L’ETF actif Fidelity sur les émergents (objectif : surperformer le MSCI Emerging Markets de 1 % brut annualisé sur 5 ans) n’a pas rempli sa mission sur les 5 dernières années dans l’ensemble, sauf en 2025. En 2022 et 2021, il décrocherait plus que l’ETF passif dont la réplication est quasi parfaite.
- La structure ETF active ne garantit pas la surperformance — elle réduit simplement les frais par rapport au fonds actif classique. La qualité de gestion reste le facteur déterminant.
La limite de transparence des ETF actifs
- Les ETF actifs publient leur composition quotidiennement — une transparence qui peut être paradoxalement un inconvénient pour les gérants actifs, dont les positions sont ainsi copiées par d’autres acteurs avant qu’elles n’aient pu pleinement exprimer leur valeur (front-running)
- Certains ETF actifs publient leur composition avec délai (30-60 jours) pour limiter ce risque — mais cela réduit la transparence pour l’investisseur
Comment sélectionner un bon fonds actif émergents
Si l’on choisit d’investir via un fonds actif, la sélection du fonds est l’étape la plus critique — et la plus difficile.
Les critères de sélection quantitatifs
- Track record long terme (> 10 ans) : seul un historique de longue durée permet d’évaluer la consistance de la surperformance — à travers plusieurs cycles de marché. Un bon historique sur 3 ans peut être du hasard ; sur 10-15 ans, c’est plus significatif.
- Active Share > 70 % : mesure l’écart entre le portefeuille du fonds et l’indice de référence. Un Active Share faible (< 60 %) signale un « closet indexer » — des frais élevés pour une gestion quasi-indicielle.
- Frais courants totaux (TER) : se méfier des fonds actifs > 2 % de frais annuels — le surcoût est trop élevé pour être compensé dans la durée pour la majorité des gérants.
- Ratio d’information (Information Ratio) > 0,5 : mesure la régularité de la surperformance ajustée du risque. Un IR > 0,5 indique une surperformance consistante, pas sporadique.
- Comportement en crise : analyser comment le fonds s’est comporté pendant les phases de stress (2008, 2020, 2022) — les bons gérants actifs limitent souvent les pertes en phase de baisse, ce qui leur donne un avantage cumulatif
Les critères qualitatifs
- Stabilité de l’équipe de gestion : la surperformance d’un fonds est souvent liée à une personne ou une équipe spécifique. Un changement de gérant peut invalider l’historique passé.
- Taille du fonds : les très gros fonds actifs émergents (> 5 milliards €) ont du mal à exploiter les opportunités sur les small-caps ou les marchés moins liquides — la taille devient un obstacle à la surperformance.
- Conviction des positions : un portefeuille concentré (30-60 positions) avec de vraies convictions surperforme généralement mieux qu’un fonds très diversifié de 150+ positions
- Présence locale : les gérants avec des équipes d’analyse basées dans les pays émergents (et non uniquement à Londres ou Paris) ont un avantage informationnel réel
Quelques références de gérants actifs émergents reconnus
- Carmignac Emergents (Carmignac — Paris), Comgest Growth Emerging Markets (Comgest — Paris), Robeco QI Emerging Markets (Robeco), Aberdeen Global Emerging Markets Equity (Aberdeen), GQG Partners Emerging Markets (GQG Partners — Fort Lauderdale)
- Cette liste n’est pas exhaustive et ne constitue pas un conseil d’investissement — les performances passées de ces fonds ne garantissent pas leurs performances futures
La place des émergents dans un portefeuille patrimonial
Indépendamment du choix ETF vs fonds actif, la question de l’allocation aux marchés émergents dans un portefeuille patrimonial mérite une réflexion spécifique.
Quelle allocation aux émergents ?
- Les marchés émergents représentent environ 12 % de la capitalisation mondiale selon les données MSCI 2026 — mais ils concentrent plus de 50 % de la croissance mondiale et une part croissante des exportations mondiales
- Une allocation « neutre » aux émergents (pondération mondiale) représente donc 10-15 % d’un portefeuille actions — une pondération souvent supérieure à ce que les investisseurs français détiennent réellement
- Les investisseurs patrimoniaux avec un horizon long terme (> 10 ans) et une tolérance au risque suffisante peuvent envisager une allocation de 15-25 % en émergents — pour bénéficier du potentiel de croissance supérieur sur le long terme
Le support de détention : PEA, assurance vie, compte-titres
- La plupart des fonds actifs émergents et des ETF émergents ne sont pas éligibles au PEA (car les sociétés ne sont pas européennes) — ils doivent être détenus en assurance vie (unités de compte) ou en compte-titres ordinaire
- L’assurance vie est le support optimal pour les émergents : capitalisation des gains sans imposition annuelle, abattements après 8 ans, sortie selon les besoins — une enveloppe particulièrement adaptée aux investissements à long terme et volatils comme les émergents
- Certains fonds actifs émergents sont disponibles en unités de compte dans les meilleurs contrats d’assurance vie (y compris luxembourgeois) — à vérifier auprès de votre CGP
Pour les meilleures stratégies de placement long terme, consultez notre article sur le PER 2026 : meilleurs supports, notre guide sur l’assurance vie 2026 et notre article sur l’assurance vie luxembourgeoise.
Stratégie & recommandation ACVM Patrimoine
Notre position sur la question fonds actifs vs ETF pour les marchés émergents est nuancée — et dépend du profil de chaque investisseur. Voici notre recommandation structurée :
- Ne pas se limiter à la question frais — analyser la valeur ajoutée attendue : la gestion active coûte plus cher, mais sur les émergents, elle peut en valoir le prix — à condition de sélectionner les bons gérants. La question n’est pas « actif ou passif ? » mais « quel gérant actif, pour quel objectif, sur quel horizon ? »
- Utiliser un fonds actif pour l’exposition principale aux émergents si horizon > 10 ans : les données montrent que la gestion active sur les émergents surperforme statistiquement mieux que sur les marchés développés. Pour un investisseur patrimonial avec un horizon long, un fonds actif de conviction (Active Share > 70 %, track record > 10 ans, équipe stable) est préférable à un ETF MSCI EM très concentré.
- Utiliser un ETF pour une exposition satellite ou de court terme : pour un investisseur voulant s’exposer tactiquement aux émergents (6-24 mois) ou pour une fraction modeste du portefeuille (< 5 %), un ETF MSCI EM reste la solution la plus simple et la moins chère — les frais de gestion pèsent moins sur un horizon court.
- Combiner un fonds actif émergents large + un ETF pays spécifique : pour les investisseurs souhaitant surpondérer un pays émergent en particulier (Inde, Vietnam, Amérique latine), combiner un fonds actif émergents diversifié avec un ETF pays ciblé permet de gérer le poids de la Chine et de personnaliser l’exposition géographique.
- Loger les émergents dans une assurance vie : la volatilité des marchés émergents est structurellement élevée — l’enveloppe assurance vie permet de capitaliser à long terme sans imposition annuelle, et de sortir partiellement selon les besoins. C’est le support optimal pour cette classe d’actifs.
Pour aller plus loin, consultez nos articles sur le private equity Altaroc 2026, les investissements alternatifs en 2026, l’holding patrimoniale, l’assurance vie 2026 et notre présentation d’ACVM Patrimoine.
Foire aux questions
Un ETF MSCI Emerging Markets donne-t-il vraiment accès à tous les pays émergents ?
Non — et c’est l’un des malentendus les plus répandus. Un ETF MSCI EM donne avant tout accès à l’Asie technologique : Taïwan (27,3 %), Corée du Sud (23,7 %), Chine (19,0 %) et Inde (11,1 %) représentent plus de 80 % de l’indice. Les 19 autres pays émergents se partagent à peine 15 % de l’indice. Des économies comme le Vietnam, le Bangladesh, le Kenya ou le Nigeria — qui sont parmi les économies à la plus forte croissance dans leurs régions — sont soit absentes soit marginalement représentées dans l’indice MSCI EM. Si votre objectif est une vraie diversification géographique sur l’ensemble des économies émergentes, un ETF MSCI EM ne l’offre pas — il vous expose principalement à l’Asie technologique, avec TSMC comme principale position (15,1 % à elle seule). Un fonds actif avec mandat « global émergents » construit bottom-up peut offrir une exposition géographique plus véritablement diversifiée — y compris sur des marchés absents ou marginaux dans l’indice.
Les marchés émergents ont-ils surperformé les marchés développés en 2025 ?
Oui — en 2025, l’indice MSCI Emerging Markets a progressé de 34,4 % en USD — sa meilleure performance récente — signant sa première grande surperformance face aux marchés développés, en particulier face au S&P 500, depuis près d’une décennie. Cette surperformance a été portée par des facteurs multiples : des valorisations très attractives après des années de sous-performance relative (le MSCI EM se traitait avec une décote de 40-50 % par rapport au MSCI World en termes de PER), un retour des flux vers les économies hors États-Unis après le pic de la concentration sur les grandes capitalisations tech américaines, et des catalyseurs spécifiques comme la montée en puissance de l’IA dans plusieurs économies asiatiques (au-delà des seuls États-Unis). Pour autant, les performances passées ne préjugent pas des performances futures — la question pour un investisseur en 2026 est de savoir si cette surperformance peut continuer, ou si elle était un rattrapage ponctuel. Le PER prévisionnel de l’indice reste à environ 11,7, contre près de 19 pour le MSCI World fin juin 2026 — une décote persistante qui suggère un potentiel de valorisation encore présent.
Peut-on investir dans des fonds actifs émergents via une assurance vie française ?
Oui — de nombreux contrats d’assurance vie proposent des unités de compte (UC) investies en fonds actifs émergents. La qualité de l’accès dépend toutefois du contrat choisi : les contrats bancaires standard proposent souvent un choix limité de fonds émergents (3-5 fonds), parfois uniquement des ETF. Les meilleurs contrats d’assurance vie en architecture ouverte (distribués par des CGP indépendants comme ACVM Patrimoine) donnent accès à plusieurs dizaines de fonds actifs émergents de différentes maisons de gestion — permettant une sélection rigoureuse selon les critères présentés dans cet article (track record, Active Share, frais, équipe). Les contrats d’assurance vie luxembourgeois, via les Fonds Dédiés (FID) ou les Fonds d’Assurance Spécialisé (FAS), offrent un accès encore plus large — y compris à des fonds institutionnels normalement accessibles uniquement aux investisseurs professionnels. Pour un portefeuille patrimonial important (> 500 000 €), le contrat luxembourgeois avec FID permet d’investir directement dans des fonds émergents de conviction avec des conditions d’accès institutionnelles (frais réduits, classes institutionnelles). L’enveloppe assurance vie reste dans tous les cas le support optimal pour les marchés émergents : capitalisation sans imposition annuelle, liquidité partielle à tout moment via les rachats partiels, avantages fiscaux après 8 ans et à la transmission.
En résumé
- Les émergents en 2025-2026 : surperformance de 34,4 % du MSCI EM en 2025 (+première surperformance vs S&P 500 depuis une décennie). Valorisations encore décotées (PER ~11,7 vs ~19 pour le MSCI World). Regain d’intérêt des investisseurs.
- Le problème de l’ETF MSCI EM : concentration extrême sur 4 pays (80 % de l’indice) et 1 seule valeur (TSMC : 15,1 %). Ce n’est pas une exposition aux émergents — c’est une exposition à l’Asie technologique.
- Les 6 arguments pour la gestion active sur les émergents : inefficiences informationnelles / hétérogénéité des marchés / risques pays et gouvernance non capturés par l’indice / gestion du poids de la Chine / accès aux small-caps et marchés frontières / analyse bottom-up sur des valeurs sous-suivies.
- Les données : 49,6 % de taux de réussite des gérants actifs émergents sur un an en 2025 (Morningstar), 54 % sur 10 ans (BSD Investing) — nettement supérieurs aux marchés développés (29-31 % toutes catégories). La gestion active sur les émergents est l’une des rares catégories où elle a une réelle chance de créer de la valeur.
- Les limites : écart de frais réel (1,5-1,75 %/an supplémentaires), difficulté à sélectionner les bons gérants ex ante, risque de closet indexing, sous-performance possible en phases de corrélation générale.
- Notre recommandation : fonds actif de conviction pour l’exposition principale longue durée (> 10 ans) / ETF pour les expositions tactiques ou les portefeuilles modestes / loger les émergents en assurance vie (capitalisation, fiscalité, flexibilité).
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